Mercredi 23 novembre 2011
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A venir, des textes d'atelier basés sur le principe du livre
: La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules de Philippe Delerm
Pas mal de plaisirs minuscules ont donc été écrits. Le premier que je vous présente est le mien. A suivre ceux de pascale et
de Philippe C. (et oui, il y a plusieurs Philippe !)
On l'a perdu depuis des mois. C'est un objet quotidien, une brosse, une chaussure, un livre. On a fouillé derrière et sous les meubles,
dans les tiroirs, dans le jardin. On est passé et repassé aux mêmes endroits. On a parcouru sa mémoire à s'en donner mal à la tête. Et on a lâché prise. Vaincu par le sort, la malchance, ou la
volonté de l'objet de ne pas être trouvé.
Cet objet si important, irremplaçable, on l'a mis à l'écart de notre vie. Comme un
ruisseau modifie son flux quand un arbre tombe dedans, notre existence s'est adaptée à cette absence.
Et un jour, on le retrouve.
C'est un de ces jours où on accomplit quelque chose de spécial dans la maison.
Modifier l'organisation des meubles d'une pièce, changer le lave-vaisselle ou repeindre le salon. On place le foyer en branle-bas de combat, on remue la poussière. En général, quand on commence à
toucher aux meubles, une intuition survient : « Aujourd'hui, je vais dénicher de vieux trucs ». Mais on ne sait pas encore qu'on va tomber sur lui.
Quand on y est, quand on a enfin mis l'objet à jour, on se met à crier :
« Devine ce que je viens de trouver ! ». L'autre réfléchit quelques instants puis lâche avec une hésitation feinte : « Ça serait pas ta chaussure quand même
? »
Pourtant si, c'est la chaussure, ou le style Mont-blanc, ou la paire de lunettes de
soleil. Elle était dans un endroit beaucoup trop évident pour qu'on y pense. La logique même. Ou alors dans une zone improbable, sur le dessus d'un meuble par exemple. Ou, pire, dans un des ces
recoins mal éclairés où on a regardé cent fois, avant de jeter l'éponge.
Quand on tombe sur l'objet, quand il daigne enfin se révéler, on n'y croit pas tout
à fait. Il y a un flottement, un temps suspendu, ouaté, incrédule. Puis on le saisit dans sa main comme s'il s'agissait du Saint-Graal, on le soupèse, on l'époussette, on le retourne afin de
s'assurer de sa tangibilité. On ne se rend pas tout de suite compte du plaisir qu'on éprouve à avoir fait cette découverte. Il y a encore tant de choses à accomplir dans cette journée de
chambardement. Pourtant le soulagement est évident. Comme une pièce de puzzle qui retrouve enfin sa place. Un mystère de moins à élucider. L'objet, on le range avec précaution. Pas moyen qu'il
s'égare de nouveau. Et on revient au réel, on classe cette découverte dans un coin de sa tête, bien en retrait.
Mais, même si la journée est riche en bouleversements et en émotion, elle restera
gravée en soi en tant que celle où on a retrouvé sa chaussure.