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L'idée n'est pas très originale, mais je pense que la nouvelle est relativement efficace. A vous de me donner vos impressions de lecture. En tout cas, si ça vous fait penser à un certain petit garçon américain qui ne se sépare jamais de son tigre en peluche... c'est normal.


Je me réveille en un éclair. Prêt, vif comme l'éclair. C'est la première fois que ça m'arrive, surtout un dimanche matin. Tout de suite, je me rends compte que quelque chose n'est pas normal. Avant même de réaliser que toute ma chambre baigne dans une lumière fade et grise. Avant même d'essayer de me relever et de constater que je suis déjà debout sur mon lit. Avant même de bailler et de voir la colonne de fumée s'élever mollement de ma bouche.

Non, c'est dans ma peau que je sens la différence, dans mes veines, dans mes tripes. Je suis différent.

C'est dans un bond léger que je descends de mon lit, toujours en forme de formule 1 mais sans le rouge criard qui colorait auparavant ses flancs. Je déambule sans bruit dans ma chambre, observe froidement mes jouets qui traînent sur la moquette, représentations imparfaites de monstres, de voitures ou de personnages. Je me sens plus petit que d'habitude, et ma vision est moins nette, en niveaux de gris et pailletée de fines particules ocres. Mais l'énergie qui circule en moi est nouvelle, un fluide animal, sauvage, puissant.

Je pousse la porte de bois et déboule dans le salon. Calme et sombre, la pièce semble attendre que l'investisse, que j'en découvre les recoins pour la première fois. Mais cela attendra. Mon instinct guide mes pas vers la salle de bain. Je volette vers la pièce aux tons bleus, mais fais un arrêt aux toilettes. Je me juche sur le rebord de la cuvette et me soulage dans un crépitement jubilatoire. Si j'ai trempé le sol – et même les murs – c'est que mon anatomie n'est plus adaptée à ces aménagements humains. Je suis fait pour uriner dans la nature, maintenant, pour laisser mon empreinte olfactive sur les arbres et contre les rochers.

Je saute au bas de mon promontoire. D'un pas calme, je me dirige vers la salle de bain. Les griffes cliquettent sur le carrelage. Ce lieu m'attire, comme un lac attire les animaux de la forêt. C'est le point d'eau de la maison, le passage obligé pour la faune locale. D'un coup d'ailes, je me retrouve sur le rebord du lavabo, et je me retourne afin de contempler ma nouvelle apparence dans la glace de l'armoire à pharmacie.

Une gueule massive, dotée de puissantes mâchoires et de dents pointues, de petits yeux brillants et des naseaux béants, d'où s'échappe de fins anneaux de fumée, voici ma nouvelle tête. Une peau mat, épaisse, couleur acier recouvre tout mon corps. Mes bras sont désormais longs et fins, pourvus d'une toile qui forme mes ailes. Mes jambes trapues se terminent par des pieds aux orteils crochus, conçus pour s'accrocher partout, même la tête en bas. Un puissant rugissement franchit ma gorge, résonne contre les murs carrelés et revient à mes oreilles en une douce mélopée. Je suis animal, je suis autre. Je suis un dragon.

Un dragon enfant, d'accord, mais un dragon quand même.

Soudain, j'en ai assez d'attendre. Si mes proies ne viennent pas, c'est à moi de les débusquer. Je franchis la distance qui me sépare des chambres en un battement d'aile. Le bruit du frottement du vent contre la toile me hérisse le cuir de plaisir. Ici, le choix est crucial. Par qui commencer, mes parents ou ma soeur ?

J'opte en une fraction de seconde pour la première solution. Autant se débarrasser des plus coriaces en premier. Je pousse la porte de mon museau. Un grincement aigu accompagne mon entrée dans cette chambre sombre, à l'ambiance chaude et moite. Rien ne bouge. Ces deux innocents sont encore endormis, sans avoir conscience du terrible danger qui les guette. Je prends deux pas d'élan et je saute sur le lit, les yeux fermés. Le combat va être rude, mais une seule issue est possible : la victoire. Je mords, je tire, je tape. Je grogne, je triture et j'éviscère. Le sang et les organes des deux victimes humaines se mélangent tandis qu'une odeur âcre s'élève du charnier. C'est alors que la voix de ma mère retentit dans l'obscurité :

_ Grmbl... Jacques, réveille-toi. Ton fils se prend encore pour un dragon.

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Avancée des différents projets

Voici tous mes projets actuels, avec leur nature et leur état d'avancement.


 

Rêve de papier (Roman ado) : V3 terminée, en recherche d'un éditeur.

Depuis que son père a disparu, Martin note ses rêves sur des blocs notes. Sa vie prend un tournant innatendu lorsqu'il rencontre Sasha, une blonde qui hante ses rêves depuis plusieurs années...

 

La Marche Rouge (polar - fantasy, adulte, suite de Décadence) : premier jet en cours, chapitre 14 sur 14.

Badia et Fahim ont pris des chemins différents. Le devin tente d'oublier ses chimères et a trouvé une retraite dans un Temple perdu dans la montagne. La jeune femme est quant à elle de retour à Twynte, bien décidée à rendre l'organicisme officielle...

 

Celui qui parle (roman ado) : premier jet terminé.

Le 31 décembre 1999 à minuit, la voix a disparu de la surface de la terre. Plus personne ne parle. Sauf Roméo, qui est justement né le 31 décembre 1999 à minuit. Mais ce n'est pas facile d'être Celui qui Parle, dans un monde devenu muet...

 

Les démons de l'East End (recueil de nouvelles policier / fantastique) : 4ème nouvelle en cours de rédaction : 21b Baker Street

Lors de l'été 1890, une horde de démons de l'enfer a déferlé sur Londres. La plupart ont été tués durant la première semaine. Mais les survivants se sont terrés dans l'est de la capitale britanique et commentent à l'occasion des crimes horribles...

 

A corps perdu (Bande dessinée réaliste) : découpage en cours (21 pages découpées sur 54).

Bérénice a un comportement particulier : elle utilise les choses, les gens, les boulots, puis les jette. Mais sa vie change le jour où emménage chez elle un chat qui parle.


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