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Un texte inspiré des écrits de Philip K Dick, le plus adapté des auteurs de SF. Je n'ai jamais été vraiment fan du gars et je l'ai peu lu. C'est peut-être pour ça que ça donne un texte que je trouve un peu moins bon que les autres. Comme pour les précédents, c'était un texte à épisodes édité sur mon ancien blog.


Le dédale de Murielle


1. Murielle se réveilla avec un horrible mal de tête. Une barre en travers du crâne. Une véritable tempête de neige dans le bocal. Elle avait dû dépasser la dose éthylique prescrite, encore une fois. Chancelante, elle se fraya un chemin à travers la brume de son cerveau vers la salle de bain et contempla sa figure dans le miroir. Elle n'avait pas l'air trop amochée, cette fois. On aurait même pas dit qu'elle avait pas pris une cuite.
Une cuite, une cuite... Murielle essaya de se rappeler, en vain. La soirée demeurait totalement floue.
Elle avait dû être magistrale. Généralement, les soirées les plus folles étaient celles qui laissaient le moins de traces dans sa mémoire. Mais davantage dans celles de autres. Sylvie et les autres filles pourraient sûrement lui raviver ses souvenirs.
Elle décrocha son téléphone et composa le numéro qu'elle connaissait par coeur. Elle fut accueillie par une voix d'outre tombe :
- Ouaiiiis ! C'est quiiiii ?
- Salut Sy, c'est moi. Comment tu te sens ?
- Comme si un concert de hardcore avait lieu dans ma tête !
- Moi c'est pareil. On dirait un concert d'enclume là dedans. J'ai vraiment dû abuser de la tétine, hier soir.
- Tu plaisantes !! T'étais même pas là. T'as dit que tu te sentais patraque.
- Mais j'ai une gueule de bois carabinée ! Et je me souviens de rien !
- Je sais pas ce que t'as fait hier soir, mais t'étais pas à la soirée.


2. Murielle se prépara en hâte, avala deux comprimés de aspect-magique et s'assit en tailleur sur son canapé. C'était son jour de repos, elle avait donc tout le temps nécessaire pour se rappeler ce qu'elle avait la fait la veille au soir.
La concentration, ce n'était pourtant pas son fort. Elle préférait foncer, se ruer dans les brèches avant que les autres ne les sachent ouvertes, saisir les occasions à chaud. Elle se força pourtant à se remémorer tous ses déplacements de la soirée, depuis son repas en solitaire jusqu'à son coucher toute seule. Rien d'inhabituel, le calme plat. Sauf... sauf qu'elle était sortie ! Mais oui. Elle se revoyait mettre ses chaussures et son manteau.
Mais pour aller où ??
En bonne journaliste qu'elle était, Murielle décida de rechercher des indices. Elle fouilla sur son bureau...Rien. Elle chercha dans les dossiers de son ordinateur...Néant. Elle feuilleta son agenda...et trouva un rendez-vous noté pour la veille :
Philip, 20h, café Maze.
Philip ??!! Elle ne connaissait personne de ce nom.


3. Murielle enfila donc ses chaussures et son manteau et fila en plein centre ville. Elle arriva au café Maze en fin de matinée. Elle ne connaissait pas l'endroit, n'avait même jamais remarqué que cet établissement existait. Une vitrine montrait un labyrinthe en filigrane. Murielle poussa la porte et se dirigea vers le bar.
- Vous désirez ? engagea le barman.
Murielle hésita.
- Vous m'avez déjà vue, ici ?
- Hum...Non. Pourquoi ?
- C'est que je... Vous travailliez hier soir ?
- Non, repos du guerrier.
Murielle insista.
- Vous savez s'il y a ce matin dans le café quelqu'un qui travaillait hier soir ?
- Ouaip, je le sais.
- Et...
- Et vous ne voulez pas boire un verre ?
- D'accord. Un coca.
Le barman s'éloigna et revint avec un verre plein d'un liquide noir à la surface bondissante.
- Alors ? insista Murielle en portant la paille à sa bouche.
- Alors, il n'y a personne ce matin qui travaillait hier soir.


4. Murielle sentit le rouge lui monter aux joues. Elle n'aimait pas qu'on se moque d'elle, mais alors pas du tout !
- Mais il y a Aldo qui devrait arriver dans quelques minutes, reprit le barman. Il a fait la fermeture.
Murielle souffla.
- OK, je vais attendre un peu. Combien pour le Coca ?
Murielle enfonça les mains dans ses poches à la recherche de petite monnaie mais en extirpa une petite carte.
- Qu'est-ce que c'est que ce machin ? maugréa-t-elle.
C'était une carte professionnelle. Elle provenait de l'entreprise Dédale, qui semblait spécialisée dans la conception de logiciels informatiques. L'adresse la localisait dans une zone industrielle, près de chez elle. Une fois de plus, elle n'avait pas le souvenir d'avoir déjà remarqué cette entreprise auparavant, ni même d'en avoir entendu parler. C'est comme si, ce jour-ci, elle déambulait dans un monde complètement neuf.
- 1€20, annonça le barman.
Murielle lui lança un regard noir pour avoir rompu le fil de ses pensées et tourna vivement la tête vers l'entrée. Un jeune homme, grand et mince, venait d'entrer.
Elle interrogea le barman du regard.
- C'est Aldo, confirma-t-il.


5. Aldo lui confirma qu'elle était bien venue la veille au soir, vers 20h30. Elle avait passé environ 1 heure avec un homme petit et chauve, ce qui faisait poindre un sourire ironique aux lèvres du barman.
- Pourquoi vous riez, vous ?
- Votre copain, il avait vraiment pas l'air d'un top model.
- Et alors, c'était sûrement pas un rendez-vous amoureux !

- Si je peux me permettre... commenta Aldo. Vous étiez tous les deux à la table du fond, là-bas, à l'abri des regards indiscrets.
Murielle rougit et jeta un regard en coin à la table, coincée entre un mur et une plante verte.
- Et vous nous avez vu faire des choses...particulières ??
- Si vous vous êtes embrassés ? je crois pas, mais vous avez pu le faire bien plus tard.
- Ah ! Parce on est sortis d'ici ensemble ?
- C'est bien embêtant ces amnésies du matin, commenta le barman, surtout quand le type a déjà mis les voiles.
- Je ne vous ai rien demandé, siffla Murielle en se levant.
Elle remercia Aldo et sortit dans la rue. Là, elle se planta devant la porte du Maze et fit le point : Elle avait eu un rendez-vous avec un mec petit et chauve, avec un prénom ridicule, et elle n'en avait plus le moindre souvenir. Soit.
Elle avait aussi une carte professionnelle, sans doute donnée par son mystérieux flirt. Elle avait donc le choix entre deux options : rentrer chez elle et retourner au lit ou faire un tour chez Dédale.
Elle grimpa dans sa voiture et prit la direction de la zone industrielle.


6. Dédale était situé à la périphérie de la zone, comme si le bâtiment avait été le dernier à avoir été construit. Un immeuble flambant neuf, dans un style moderne avec larges baies vitrées, poutres en acier et revêtements clinquants à l'extérieur comme à l'intérieur. Murielle se rendit à la réception et se présenta comme une journaliste d'investigation - ce qu'elle était. Elle annonça en sus qu'elle était mandatée pour réaliser un reportage sur ce fleuron de la technologie qu'était Dédale.
Elle fut reçue par un technicien, jeune et boutonneux mais sympathique, dans un bureau agréable nantis de fauteuils moelleux. Il n'était responsable d'aucun projet mais était la seule âme disponible en ce moment.
Murielle nota très professionnellement tout ce que lui expliquait son interlocuteur : Dédale réalisait des logiciels de simulation utilisant le principe de la réalité virtuelle. Leurs softwares étaient pour la plupart des jeux, réalisés sur mesure en fonction des clients qui leurs passaient commande. Dédale possédait une technologie de pointe qu'aucun de leurs concurrents n'avait pour l'instant réussi à égaler.
Murielle réprima un bâillement. Elle se demandait ce qu'elle faisait ici, à noter des informations dont elle se fichait, lorsque le technicien lui demanda :
- Peut-être voulez-vous visiter nos installations, comme la première fois ?
- Quelle première fois ?
- Et bien, la première fois que vous êtes venue nous interviewer...


7. - Je suis déjà venue ??

Murielle réalisa à l'expression de son interlocuteur que sa question était inutile.

-Vous aviez rencontré notre directeur, mais il est indisponible pour l'instant.

- Votre directeur, se hasarda Murielle, ne s'appellerait pas... Philip ??

- Si ! Philip Kédice. Vous voyez que vous vous en souvenez.

Murielle avait la désagréable impression de se faire prendre pour une attardée. Elle se força toutefois à rester aussi calme que possible et demanda d'une voix de flûte :

- Et à quel moment pourrais-je lui parler, s'il vous-plaît ?

- Je ne sais pas trop... Il est en réunion avec des clients. Il prend leurs doléances pour confectionner un jeu sur mesure.

- Vous faites des jeux sur mesure ?

Cette fois-ci, le technicien prenait vraiment Murielle pour une déficiente mentale au dernier degré.

- Oui, je vous l'ai dit il y a dix minutes. D'ailleurs, je crois que, la première fois aussi, vous étiez sceptique. Il n'aurait pas créé un jeu pour vous convaincre, par hasard ??


8. Le cerveau de Murielle pédala à plein régime pendant quelques secondes. Si elle était dans un jeu vidéo, toutes les incohérences qu'elle avait relevées depuis son réveil pouvaient être expliquées : son amnésie, un rendez-vous avec un laideron dans un café qui n'existe pas. Et tous les indices qu'elle découvrait mystérieusement...

- Ces jeux, ce ne serait pas comme des enquêtes policières ?

- Si ! Exactement; se réjouit le jeune homme. Vous avez au début du jeu un évènement étrange, inexpliqué, que vous devez élucider par vous même. Selon les souhaits du client, on peut y mettre de l'aventure, du suspense, des énigmes, du sexe...

- D'accord, d'accord, coupa Murielle. Et-ce qu'on voit la différence avec la réalité ?

Le technicien se gratta le menton.

- D'après le retour qu'on en a eu, c'est assez bluffant. On se croirait dans la vraie vie. Mais bien sûr, on sait qu'on est dans un jeu.

- Bien sûr... Mais est-ce que, des fois, le client peut se retrouver dans le jeu sans en avoir conscience ?

- C'est rigoureusement impossible, tonna une voix derrière eux.

Murielle se retourna et détailla le nouveau venu. Trapu, chauve et assurément très laid, il correspondait parfaitement à la description qu'on lui avait faite de Philip.

- Sauf si on débute le jeu sans suivre le protocole à la lettre, ajouta le directeur de Dédale.


9. L'homme s'approcha de Murielle et lui serra la main.

- Pourquoi cette question ? demanda-t-il. Vous avez eu un problème avec le jeu que je vous ai concocté ?

- Non... Enfin peut-être, bredouilla Murielle. En fait, je me demandais si je n'étais pas dans le jeu...en ce moment.

Philip Kédice émit un long rire sonore.

- En ce moment même ?? C'est bougrement intéressant. Ça voudrait dire que rien de tout cela n'est réel, fit-il en englobant la pièce de ses mains.

- Wahh, sembla s'émerveiller le technicien. Alors on serait des intelligences artificielles...

Il avait les yeux écarquillé, comme si c'était le matin de Noël.

- William, tu veux bien nous laisser ? Et fait attention à la poutre.

Le technicien s'exécuta, l'air hagard, et se baissa pour éviter une poutre particulièrement mal placée. Kédice reprit, les yeux plantés dans ceux de Murielle :

- Ecoutez, tout cela me parait un peu fou mais je suis un homme ouvert, alors réfléchissons...



10.

- D'une part, énuméra Kédice, j'ai bel et bien concocté un jeu pour vous faire éprouver le produit, à votre demande. Comme vous n'avez sans doute pas lu le mode d'emploi, il est probable vous l'ayez testé sans aucune précaution et que vous vous réveilliez dans le jeu sans savoir que vous y êtes. Vous me suivez ?

- Oui, maugréa Murielle.

- D'autre part, je me souviens parfaitement que dans le jeu que je vous ai préparé, il est question de vous faire revenir ici. C'est une enquête assez simple, pour une personne assez... enfin, une débutante. Dans ce monde factice, mes techniciens ont inséré certaines des personnae du personnel, personnae créées d'après nos véritables personnalités, selon un procédé breveté DédaleTM.

- D'accord, grimaça Murielle.

- Donc, continua Kédice, selon cette hypothèse, il est très possible que j'en sois une et que ce que je dise soit en fait pré-programmé pour vous faire avancer dans le jeu.

Murielle s'épongea le front.

- Pfff... On se croirait dans eXistenZ. Et comment je sors de ce jeu, moi ?

- Simple : vous devez résoudre le problème qui s'est présenté à vous dès votre réveil.


11. Murielle chercha dans sa mémoire. Son premier problème était son amnésie, doublée d'un mal de tête, qui lui avaient fait penser à une gueule de bois. Elle l'expliqua à Kédice.

- L'amnésie, c'est normal au début du jeu, répliqua-t-il. On vous fait oublier pas mal de choses que vous devez retrouver ensuite par l'enquête. Votre seul problème, c'était votre mal de tête.

- Vous en êtes sûr ?

- Évidemment, assura l'homme. C'est moi qui ai écrit le scénario de votre jeu.

- Mais alors, s'exclama Murielle, vous connaissez aussi la manière d'en sortir !

Le directeur garda un visage impassible, les bras croisés et la bouche cousue. Un sourire très ironique pointait toutefois sur ses lèvres serrées.

- Aidez moi, implora Murielle, j'en ai assez d'être coincée ici. Je... je vous écrirai un article sensationnel, dithyrambique...

- Laissez tomber, vous feriez mieux de retournez chez vous, rétorqua l'homme au sourire énigmatique.

Murielle hésita puis se dirigea vivement vers l'entrée.

- Au fait... héla Kédice au dernier moment.

Murielle se retourna et son front s'écrasa contre la poutre trop basse. Elle tomba sur les fesses et perdit connaissance.

- ...Attention à la poutre !


12.

Murielle retrouva ses esprits de très mauvaise humeur. Elle se trouvait dans le fauteuil de son salon, un casque posé sur la tête et un barda informatique grésillant sur sa table basse. Elle se rappela instantanément la difficulté qu'elle avait eu à installer le simulateur et la longueur excessive du mode d'emploi.

Elle se leva, ôta le casque et vit autre chose sur la table : l'article qu'elle avait commencé sur le compte de la société Dédale. Elle se souvint qu'elle avait volontairement loupé la fête de Sylvie pour réaliser l'interview de Kédice, interview qui s'était déroulée dans les locaux de Dédale, et non dans un café !

Elle se rappela enfin la conclusion de cette entrevue, la poutre sortie de nulle part et le choc soudain. De sa main, Murielle tata la bosse de son font pour en apprécier la réalité. Elle s'était donc réellement cognée la tête, ce que Kédice avait choisi de lui faire revivre virtuellement.

Encore un peu groggy par l'expérience, Murielle empoigna son papier, s'installa confortablement à son bureau et raya la moitié de ses écrits. Elle se pencha sur sa feuille et commença a écrire :

Dédale : l'expérience à ne pas tenter...











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