Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 09:59

gatsby.jpgA l'occasion de la sortie en salle du film "Gatsby le Magnifique", Cap'Cinema a organisé un concours de "textes" (ni nouvelles, ni poèmes, n'importe que truc avec des mots faisait l'affaire), sur le thème du romantisme façon Scot F. Fitzgerald, en moins de 2000 signes.

Bon, faire du romantique en une demi-page, c'est pas évident. C'est pour ça que le texte que j'ai écrit était environ deux fois trop long. Je l'ai épuré et envoyé au comité de lecture, qui ne l'a pas retenu (ainsi racouri, il n'avait plus aucun intéretr et je ne l'aurais pas retenu moi-même).

Quoi qu'il en soit, voici le texte dans sa version longue :

 

 

 

Charlie le Magnifique

 

Il n'y avait qu'elle. Elle et son chapeau tout droit sorti des années folles, le croisement entre une méduse et une boule à facettes. Sur n'importe quelle tête, l'accessoire aurait paru ridicule. Sur la sienne, il se transformait en machine à voyager dans le temps.

Du reste de sa tenue, je ne retiens que la robe couleur argent, dos nu, et le châle émeraude jeté sur ses épaules.

Comme je l'ai dit, il n'y avait qu'elle. Les autres invités se fondaient autour de sa personne en un flou artistique, une masse brouillonne de corps déguisés en pirates ou en arlequins. Des tâches de couleurs qui ne servaient qu'à souligner sa beauté.

Moi-même, je portais une chemise blanche et un costume emprunté dans l'armoire de mes grands-parents. Avec une cane, un chapeau melon et une paire de moustache factice, j'espérais passer pour Charlie Chaplin.

Les époques correspondaient parfaitement. Nous étions deux icônes des années vingt perdues dans ce bal costumé peuplé de héros classiques.

J'avais déjà avalé trois cocktails coup sur coup et je commençais à en ressentir les effets foudroyants. Une mains serrée sur ma cane et l'autre transportant une flûte vide, je m'approchai d'elle. Une impulsion me donna envie de faire tournoyer ma cane, dans une imitation de l'acteur que je singeais, mais un tel geste aurait éborgné au moins trois cow-boys et aurait ruiné mon approche.

Je me plantai donc à côté d'elle, remuant ma moustache à qui mieux mieux, espérant l'amuser à défaut de l'intéresser. Elle tourna gracieusement sa tête vers moi et esquissa un sourire. Je pris mon courage à deux mains inspiration et dis :

_ J'ai comme l'impression que nous nous sommes trompé d'époque.

_ Comme beaucoup ici. Est-ce que vous pensez que les chevaliers portaient des montres ?

Ce fut à mon tour de sourire. Vite, trouver une réponse spirituelle.

_ Ils doivent être en avance sur leur temps.

_ En effet.

Son débit de voix avait quelque chose de languide et suranné, comme l'écho d'une époque plus insouciante, où on avait le temps de réfléchir avant de parler. Cela donnait à son personnage une aura de réalisme dont les autres invités manquaient cruellement. Moi y compris. Je soulevai légèrement mon chapeau et formulai :

_ Charles Spencer Chaplin Junior, pour vous servir.

_ DaisyBuchanan, se présenta-t-elle dans un sourire.

Je connaissais son nom – à moins qu'il ne s'agisse d'un personnage de roman ? Il me fallait maintenant décider quel serait mon prochain mouvement. À travers une fenêtre, je remarquai que le soleil s'apprêtait à disparaître derrière l'horizon. Je proposai mon coude à la demoiselle.

_ Voudriez-vous bien m'accompagner dehors ?

Elle enfila son bras sous le bien et nous fendîmes la foule en nous dirigeant vers le balcon. C'était sur ces quelques mètres carrés que s'entassaient les tous fumeurs de la fête. Qu'importe, je ne me trouvais déjà plus en France. J'étais à New-York en 1925 et sous mes pieds s'étalaient un tapis d'immeubles écrasés par la perspective. L'astre solaire disparut mollement, avalé par l'Empire State Building. Daisy et moi nous accoudâmes à la balustrade et échangeâmes nos goût en matière de littérature, de musique et d'art. Le temps filait autour de nous de manière indécente. À aucun moment nous n'évoquâmes la fête costumée qui nous avait réuni en ce lieu, ni nos connaissances respectives. Il n'existait rien d'autre que nos deux personnages et notre envie mutuelle de nous découvrir.

Au bout d'un temps qui me sembla un battement de cils, Daisy bâilla et je compris qu'il était temps de partir. Mais un doute me comprima la poitrine. Qu'allait-il se passer en dehors, lorsque notre jeu de rôle prendrait fin, lorsque la bulle temporelle serait percée ? Aimerait-elle l'homme qui se dissimulait sous Charlot ? Apprécierai-je autant Daisy lorsque le charme serait rompu ?

Le destin voulut que je n'aie jamais la réponse à cette question. Daisy désira se refaire une beauté au moment de quitter le lieu de la réception. En brave chevalier servant, je l'attendis devant la porte des toilettes durant un bon quart d'heure, avant de réaliser qu'elle ne s'y trouvait plus. Tel un rêve qui effiloche au réveil, elle s'était volatilisée.

Je rentrai chez moi penaud, persuadé d'avoir été victime d'un hallucination ou témoin d'un véritable voyage temporel. Puis je réalisai qu'une fois changée, Daisy aurait très bien pu passer devant mon nez sans que je la reconnaisse.

Je m'étais inquiété de ce qui se serait passé entre nous deux, une fois le charme rompu. Elle n'avait pas voulu prendre le risque et avait plaqué Charlie Chaplin avant qu'il ne redevienne un homme du XXème siècle.

Repost 0
Published by Sylvain Lasju - dans Ecriture
commenter cet article
28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 16:06

 

Devancer – quarteron – sigillaire (relatif au sceaux)

 

images-copie-2.jpgJe pensais arriver bien avant la concurrence, mais l'expert chinois m'avait devancé. Il se trouvait déjà attablé avec sa lentille grossissante accrochée à l’œil, penché sur le lot de lettres anciennes. J'ai toussé, il n'a pas levé la tête. Je me suis donc planté derrière lui et j'ai observé par dessus son épaule.

Sur le revêtement de cuir du vieux bureau, s'éparpillaient une série de lettres au papier jauni. Sur la plupart s’étalaient des pattes de mouche bien penchées. En me dévissant la tête, je distinguais certaines tournures mots qui pouvaient appartenir au vieux français, mais je n'étais pas dupe. L'encre était bien trop nette et le papier trop bien conservé pour que les pièces fussent authentiques. Le vieux Saul s'était encore fait refiler un quarteron de contrefaçons made in Roumanie.

Mon œil a alors accroché une forme grise, pas plus grosse que le pouce. Je me suis penché et j'ai attrapé avec mes pincettes une enveloppe, une simple enveloppe. L'adresse qui y était notée à l'entre rougeâtre n'avait pas d'importance. Ce qui en avait était le sceau partiel qui avait autrefois cacheté l'objet. Son motif principal était en grande partie effacé mais la partie que je pouvais discerner me glaçait le sang. L’exégèse sigillaire est très obscure, mais je n'avais jamais entendu parler d'un sceau représentant une tête de mort.

Repost 0
Published by Sylvain Lasju - dans Ecriture
commenter cet article
27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 09:58

Ca fait longtemps que je n'ai rien écrit, et pour me remettre en train, je pioche des mots au hasard dans le dico pour écrire un metit texte. Je ne sais pas si vous connaissez Hunger Games mais...

 

 

 

Pavé – fleuret – télégénique

 

images-copie-1Grégory passa sa langue sur ses lèvres sèches. En cette fin de matinée, la chaleur devenait suffocante et ses courses poursuites dans les rues de la ville-studio le contraignaient à une respiration rapide et saccadée. Il se rencogna au fond d'une arcade, la nuque raide, le dos trempé. Sa main droite se serrait sur le fleuret dont il avait hérité au début du jeu, une arme désignée aléatoirement par l'administrateur du jeu. Il aurait pu être plus mal loti, il avait quelques années d'escrime derrière lui. Mais ceux qui débutaient la partie avec un fusil ou un tank avaient un net avantage sur les autres – à supposer qu'ils savaient se servir de leurs armes.

Un claquement de pas sur le pavé le fit sursauter. Très près, trop près. Il bloqua sa respiration et vit passer à quelques mètres de lui l'un de ses adversaires. Plus petit que lui mais nettement plus musclé, il avançait en se tenant l'épaule. À sa ceinture, une sarbacane était accrochée par une bouche de cuir. Gregory laissa s'échapper l'apparition sans se manifester, même si cette dernière était manifestement blessée. Il préférait laisser les participants s'entre-tuer, plutôt que de prendre le risque de se dévoiler. Quelques minutes plus tard, il sortit lentement de sa cachette et fouilla son environnement du regard. Une rue quelconque, aussi moche que les autres. Lorsqu'il perçut le point rouge danser sur sa main, puis remonter vers sa poitrine, il était trop tard.

Gregory s’effondra sur lui même bien avant que ne retentisse la détonation. Une mort sans hurlement ni explosion de sang. Pas très télégénique pour tout dire.

Repost 0
Published by Sylvain Lasju - dans Ecriture
commenter cet article
25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 11:00

Un texte écrit lors d'un atelier d'écriture, durant la première fête de la gastronomie à Périgueux, le 22 septembre dernier. Un évènement assez oubliable, en réalité. Mais il y avait de vieilles photos et de l'accordéon...

 

accordeon.jpgCes vieilles photos me font voyager dans le temps. Revoir mes parents jouer de l'accordéon dans leur petit orchestre, trinquer avec le groupe, danser en tenue folklorique. J'avais oublié qu'ils avaient monté un groupe de musique traditionnelle dans leur jeunesse. Quand je les observe, aujourd'hui, couché côte à côte sur leur lit de grabataires, ils me font penser à deux vieilles pommes pourries par le ver de la vie. Rongées de l'intérieur par un mal invisible.

Je tourne une page de l'album photo et d'autres clichés me font reculer de trente ans. Un canoë en train de faire tomber à l'eau deux amoureux stupéfaits, un autre où ils ressortent de la rivière, dégoulinants, un dernier où ils dégustent une truite avec les doigts.

Ma mère était enceinte de moi à cette époque et elle a failli perdre le bébé à cause de ces vacances sportives. Je frisonne à l'idée qu'un accident de canoë aurait pu m'empêcher d'exister. Les minutes s'écoulent et les photos continuent de me livrer leurs fragments de passé, éclats d'émotion brute. Une jeune femme qui mord dans une chocolatine, en robe de chambre saumon. Un papa qui fait le canard pour amuser son fils hilaire. Un couple sur un tandem.

Mes parents ont toujours été très proches, soudés comme deux pièces de métal. Je n'ai pas le souvenir de la moindre dispute entre eux, ni du moindre désaccord. Ils ont toujours vibré du même rythme. Ils ont même trouvé le moyen de tomber dans le coma ensemble, lors du même accident de voiture.

- Monsieur, il faut vous décider.

Je n'ai pas entendu entrer l’infirmière. Elle arbore un sourire courtois mais sa posture raide attend une réponse. Alors, je me lève et je signe le papier posé sur la table de chevet de la chambre d'hôpital. C'est une autorisation pour débrancher les appareils qui maintiennent mes parents en vie. Je tend la feuille à la femme en blanc, qui hoche la tête.

- Quand est-ce que vous...

- Ce soir, répond-elle. Vous voudriez être présent ?

- Non. Je vais leur dire au revoir maintenant, articulé-je dans un souffle.

Je me tourne vers mes deux parents, unis dans la mort comme ils l'ont été dans la vie. Leurs respirateurs se gonflent et se vident d'ailleurs dans le même mouvement mécanique. La tristesse m'enserre la poitrine comme un étau. Mais je n'ai aucun doute : ils partiront ensemble et ne sont pas près de se quitter. N'est-ce pas ce dont rêvent tous les amoureux ?

Repost 0
Published by Sylvain Lasju - dans Ecriture
commenter cet article
1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 08:39

Je suis en train d'écrire un roman (la suite de Décadence), avec une alternance de 4 points de vue, qui sont les quatre membres d'un groupe. Il s'avère que, vers le milieu de l'histoire, il arrive à mon groupe une chose surprenante et que c'est au tour du membre aveugle de mon groupe d'en être le spectateur.

Faire ressentir les évènements par un aveugle, c'est mieux que ça n'y parait. Ca permet de varier les verbes, de mettre les autres sens à l'honneur, d'inclure des dialogues qui servent de description. Sans compter le côté dépaysant de l'expérience.

Mais là, dans ce cas précis d'une des scènes les plus impressionnantes du bouquin, je ne sais pas si c'est une bonne idée. Lis plutôt et fais-toi ton avis :

 

 

Ils avaient établi un campement près d'un cours d'eau, dans une zone épargnée par la neige. Ils ne pensaient pas pouvoir suivre l'ouest une journée de plus, tant la foret le semblait désormais proche. Ils attendaient de voir quelle direction leur proposait de suivre le chemin.

Ils s'étaient tous endormis, emmitouflés dans une couverture, en cercle autour de leur feu.

Sayed ne fut pas réveillé par les bruits de sabots. Son réveil était bien trop profond pour cela. Il n'entendit pas les voix, qui scandaient des ordres dans un dialecte incompréhensible. Il ne perçut pas les lumières des dizaines de flambeaux qui dansaient dans l'obscurité. Ce fut la voix étranglée de Fahim qui l'extirpa de ses songes.

_ Papa, il faut se lever.

L'aveugle perçut une peur puissante dans les intonations de son fils. Aussi fit-il un effort pour s'arracher à ses rêves colorés et se concentra-t-il sur le réel.

_ Que se passe-il ?

_ Pas le temps. Lève-toi. Accroche-toi à moi.

Sayed se leva en chancelant. L'air froid lui arracha des tremblements. Il voulut prendre sa couverture mais Fahim l'entraîna à sa suite.

_ Dépêche-toi. Par là.

_ Est-ce que des brigands nous attaquent ?

_ Je ne sais pas, souffla Fahim.

Le vieil aveugle se laissa conduire par son fils, qui l'aida à grimper à l'arrière de leur charrette. Il entendait désormais les éclats de voix qui naissaient un peu partout autour de lui : « Roch-ja ! » « Garok ! ». Il n'avait rien entendu d'aussi étrange de sa vie. La charrette démarra, et les voix se turent. Il se passa une déciheure avant que quiconque ne parle.

_ Vous allez bien ?

C'était la voix de Badia. Fahim supposait que Carl se trouvaient avec eux. Ils étaient tous prisonniers à l'arrière de leur propre véhicule.

_ Oui, fit Fahim, d'un ton plus assuré que précédemment. Et toi Carl ?

Un long grognement retentit. Manifestement, le matiériste avait mal, ou n'était pas d'humeur à parler, ce qui se produisait de plus en plus souvent ce derniers temps.

_ Quelqu'un peut me dire ce qui s'est passé ? demanda Sayed.

_ Ce n'est pas très clair, avoua Fahim. Des dizaines d'individus sont apparus. Ils étaient armés de lances et leur armure semblait être en écorce d'arbre. Tu as dû comprendre qu'ils ne parlaient pas notre langue.

_ Je comprends pas, commenta Badia. Jusque là, tous les gens que j'ai rencontrés parlaient la même langue que moi.

_ Oui, approuva Fahim. Mais le plus étonnant, c'est qu'ils chevauchaient des morques.

_ Je te demande pardon, s'excusa Sayed qui pensait ne pas avoir saisi le dernier mot. Ils étaient sur quoi ?

_ Des morques.

_ Ces animaux sauvages hérissés d'épines ?

_ Oui.

 

Voilà. Quelques lignes de dialogues pour décrire les hommes qui chevauchent des morques, des bestiaux grosses comme des taureaux et épineux comme des hérissons. Au lieu de plusieurs paragraphes de descriptions, les lumières qui se reflètent sur les lances, les bêtes qui tappent du sabot, les regards farouches des assaillants, j'en passe.

Mais en même temps, j'aime bien le côté minimaliste du point de vue. On se demande bien ce qui se passe, et je pourrai décrire les bêtes et les hommes dans le paragraphe suivant.

Bon... A voir.

herisson.jpg

Repost 0
Published by Sylvain Lasju - dans Ecriture
commenter cet article
4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 17:57

Un texte écrit en 20 minutes. L'idée était de mettre en scène un personnage qui avait un problème, et dont la résolution était subordonnée à l'utilsation de 3 objets, piochés au hasard. mes objets étaient : une fourchette, une bougie et une paire de lunettes.

 

 


disjoncteur.jpgEt clac ! Plus de lumière. C'est toujours comme ça. Il suffit que le repas commence pour que les plombs sautent. Et tout le monde crie « hoooo » en rigolant. Mais au moment de décider qui va descendre à la cave remettre en route le disjoncteur, il n'y a plus personne. Ou plutôt si :

_ Étienne, on est chez toi. Il n'y a que toi qui puisse y aller dans le noir.

Voilà. Tous ligués contre moi. Et on appelle ça des copains.

_ Il me faut mes lunettes, dis-je. Je les ai posées pour cuisiner.

_ Pourquoi ? clame Patrice. Ce sont des lunettes à vision nocturne ?

Tous les autres invités éclatent de rire.

_ Je les ai, dit Éléonore, ma voisine de droite. Tiens.

Je tends la main et sens un objet allongé s'y déposer. Une seconde me suffit pour comprendre la supercherie.

_ C'est une fourchette, constatai-je.

_ Ha bon ?

Et tous les convives de rire à nouveau. Je finis par me lever, la fourchette toujours dans la main gauche. Alors que tout le monde reste à sa place et que Gregoire commence à imiter un fantôme, je me dirige à tâtons vers le buffet où, je le sais, sont posés une boîte d'allumette et une bougie qui sent la vanille. Une fois cette dernière allumée, je pars enfin à la recherche de mes lunettes. Je les trouve sur le plan de travail de la cuisine et les chausse. Je n'y vois guère mieux mais, même dans le noir, je me sens tout nu sans elles.

Maintenant, direction la cave. En me voyant passer près de la table avec ma bougie à la main, Éléonore me lance :

_ Super ! Laisse-nous la bougie. On va pouvoir manger tant que c'est chaud.

_ Tu ne sais pas manger dans le noir ? rétorqué-je en m'éloignant.

Je n'écoute pas les commentaires. Je descend prudemment l'escalier qui mène au sous-sol, longe un mur tapissé de salpêtre, déplace quelques cartons habités par des araignées et accède finalement au tableau de commande électrique. Comme je l'avais supposé, le bouton noir du disjoncteur est enfoncé alors que le rouge dépasse du boîtier de manière insolente. Je monte la flamme à bonne hauteur et presse le bouton. Ça résiste. Je lance un juron. La machine est encore sans doute bloquée. Il faut vraiment que je fasse intervenir EDF. Mais en attendant, j'ai faim. Et je ne vaux pas être la cible des quolibets de mes invités. Alors j'avise le petit trou surmonté de la mention reset. Il me suffirait d'un objet pointu...

Je m'aperçois alors que ma main gauche – outre la bougie – tient toujours la fourchette. Je pose ma source de lumière, plie légèrement l'une des branches de la fourchette et l'enfonce dans le trou. Un claquement retentit alors que la lumière de l'étage baigne brusquement l'arrière de la cave. Des vivats fusent de la salle à manger. Je fais demi-tour et j'entends crier :

_ Étienne, c'est bon, la lumière est revenue toute seule.

C'est la voix de Patrice, que vient accompagner le rire des autres convives.

C'est bien la dernière fois que j'invite tous ces cons.


 

PS : ça ne marche pas le coup de la branche de fourchette pour faire reset. Mais un cure-dent fait bien l'affaire.



Repost 0
Published by Sylvain Lasju - dans Ecriture
commenter cet article
9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 14:47

 

Voici un texte écrit en juin dernier, lors de mon dernier atelier d'écriture à Périgueux. Le sujet était un simple logo-rallye, avec les mots suivants:

Ingurgité – corps – lit – union – geste – pression – fille – dix ans – mépris – société

 

Voici donc les...


 Les 10 règles de base pour séduire une fille, si vous avez ingurgité trop d'alcool.

bourre-copie-1.jpg1) Si vous devez vous tenir debout, gardez le corps droit. Ne vous appuyez pas sur les personnes qui vous entourent. Si vous tombez, faites croire que vous pratiquez un art partial et que vous testez une technique de chute.

2) N'essayez pas d'entrainer votre conquête potentielle au lit. Dans votre état actuel, estimez-vous heureux si vous parvenez à récupérer un numéro de téléphone.

3) Laissez-la écrire le fameux numéro de téléphone elle-même. Si elle note des petits cœurs à la place des traits d'union, c'est bon signe.

4) Communiquez pas gestes le plus possible. Les gestes n'enverront pas de relent d'alcool au visage de votre interlocuteur.

5) Ne buvez plus. Même pas une petite pression. De toute façon, vous êtes plein.

6) Ne draguez pas le filles de moins de dix ans. D'autant qu'elles doivent normalement être accompagnées de leur mère.

7) Ne prenez pas personnellement les marques de mépris de la gente féminine face à votre état. Si cela se produit, essayez avec une autre fille.

8) Préférez les filles saoules elles-aussi. Au besoin, saoulez-en une.

9) Évitez les sujets de conversations complexes (société, économie, politique, etc. )et les mots que vous ne comprenez pas.

10) Faites régulièrement un compliment, toutes les trois phrases environ. Si vous n'êtes pas en état de compter jusqu'à trois, rentrez vous coucher et retentez l'expérience une autre fois.

Repost 0
Published by Sylvain Lasju - dans Ecriture
commenter cet article
26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 19:57

Une nouvelle qui est arrivée avant dernière du coucours lancé par la communauté Autres-Mondes. Pourtant, je l'aime bien cette nouvelle, moi...



geantegazeuse.jpgLivreur n°25-G-85497, vous avez dévié de votre trajectoire. Veuillez préciser la raison de votre détour dans les plus brefs délais, sous peine de pénalités.

Elias fit quelques pas mal assurés dans la salle de commandement. Le message s'affichait sur l'écran général en grosses lettres rouges. Une couleur qui irritait ses yeux fermés depuis très longtemps. Il lissa sa longue barbe et se vautra dans le siège de commandement. La console se positionna d'elle-même devant lui. Il la chassa d'un mouvement brusque.

_ Orbrac, fais-moi un café. Et efface-moi ça, ajouta-t-il en désignant les mots affichés sur l'écran général.

_ Oui, capitaine.

Elias ne bougea pas un seul muscle durant la période de silence qui suivit. Les yeux fermés, il entreprit finalement de se masser les tempes. Rien à faire, pour émerger de ces années de sommeil artificiel, il lui fallait de la caféine. Une grosse dose.

_ Votre café est prêt, capitaine.

Le capitaine se leva. Il s'attarda devant la baie d'observation, dont les volets étaient fermés pour stopper les rayons gammas, longea un étroit couloir et gagna la cambuse. C'était une pièce minuscule où un homme seul pouvait prendre un repas.

Il se servit une tasse de café fumant et se brûla la langue en le goûtant. Ça faisait un bien fou. Ça lui rappelait ces années sur Terre, avant la récession, avant l'obligation de faire des livraisons extra-solaires pour survivre financièrement. Il avala le breuvage à petites gorgées et s'en resservit une seconde tasse.

Il observa son reflet dans un miroir de la cambuse. Un grand gars quasiment décharné, aux cheveux hirsutes et à la barbe tombant sur sa poitrine. Une épave, après dix ans de sommeil artificiel. Anna devait désormais ressembler à une grand-mère, avec des rides au coin des yeux et des cheveux grisonnants. Mais elle serait sans doute bien plus jolie et rayonnante que le légume qu'il était devenu, coincé dans son cargo de livraison dont il était le seul à se croire capitaine.

_ Capitaine, voulez-vous manger ?

_ Non.

Il s'installa de nouveau dans le siège de commandement et ne repoussa pas la console, qui se positionna sur ses genoux. Il leva ses mains tremblantes au-dessus du clavier sensitif et demanda :

_ Orbrac, est-ce que nous sommes aux coordonnées que je t'ai indiquées ?

_ Je vous ai réveillé une heure avant d'y parvenir. Nous y serons dans douze minutes.

_ C'est bien, grogna le capitaine.

Il posa ses doigts sur le clavier et rappela des données stockées dans la mémoire de l'ordinateur embarqué. Sur l'écran qui couvrait le mur du fond s'affichèrent des lignes de texte. Elias se frotta les yeux et afficha les caractéristiques d'une planète en particulier. Il se pencha en avant, posa son menton sur ses poings et sourit.

Son sourire s'évanouit quand le logo d'un message prioritaire s'afficha dans un coin de l'écran. Elias valida et lut :

Second avertissement. Livreur n°25-G-85497, vous avez dévié de votre trajectoire. Veuillez préciser la raison de votre détour dans les plus brefs délais, sous peine de lourdes pénalités.

Je n'ai pas tant dévié que ça, fulmina-t-il intérieurement. Un crochet d'à peine quelques minutes-lumières. S'il n'y avait pas ces saletés de mouchards, personne ne s'en serait rendu compte. Ce n'était pas comme s'il transportait des denrées périssables. C'était du métal, bon sang ! Vingt-quatre millions de tonnes de métaux divers.

_ Orbrac, combien de temps avant d'arriver ?

_ Un peu moins de dix minutes, capitaine.

_ Tu ouvres le volet dès qu'on est en position. On ne va pas s'éterniser ou ils risquent de me faire sauter ma prime.

_ Bien capitaine.

Elias se concentra sur les données qui s'affichaient sur l'écran. La planète était une géante gazeuse d'un diamètre de 120.000 kilomètres, d'une masse de 600×1024 kg, dépourvue d'anneaux et de satellites. Une atmosphère essentiellement constituée d'hydrogène et d'hélium, plus quelques gaz à l'état de traces. Rien ne la distinguait des millions de géantes gazeuses qui pullulaient dans la galaxie. Elle tournait autour d'une géante rouge, une étoile qui commençait doucement à mourir.

La planète avait dû subir un incident sur son pôle nord car elle accusait une importante cavité qui ne parvenait pas à se résorber. Météorite géante ou explosion interne, les spéculations scientifiques allaient bon train et n'expliquaient rien. Sur l'autre pôle, en revanche, le phénomène qui se produisait était archi-connu. On l'appelait « volcan de gaz » : une éminence en forme de cône qui se renouvelait en continu, générée par une circulation anormale de matière au sein de la planète.

En clair, la planète était en train de se détruire à petit feu. Elle perdait de la matière par l'un de ses pôles et ne parvenait pas à endiguer la béance qui se formait de l'autre côté. Dans quelques milliers d'années, il n'y aurait plus rien.

_ Il nous reste une minute, capitaine.

_ Y a-t-il d'autres vaisseaux spectateurs ?

_ Trois.

_ Trouve une bonne place, loin des autres.

_ Oui, capitaine.

Un bruit mécanique emplit la salle de commande. Les volets s'ouvraient. Elias cligna des yeux et fixa son regard sur la planète. Une merveille de six-cent-mille milliards de milliards de tonnes. Une aberration de la nature d'une beauté à couper le souffle. Des larmes coulèrent immédiatement sur ses joues. Depuis le temps qu'il attendait ça. Il aurait aimé qu'Anna soit là, il aurait aimé que ça soit dans d'autres conditions. Il se rappela fugitivement son sourire, la manière dont elle attachait ses cheveux, dont elle se couchait pour lire. La douceur de ses mains, le bleu-gris de ses yeux, l'emplacement de ses grains de beauté. Tous ces petits détails qu'il n'aurait plus jamais l'occasion de revoir, car Anna serait une petite vieille sénile quand il la retrouverait.

Un nouveau message arriva, mais il n'y prêta pas attention. Il n'avait d'yeux que pour le spectacle céleste qui s'offrait à lui. La planète avait reçu comme dénomination scientifique CAS C3 8344 153 mais elle était mieux connue sous le nom de planète de l'amour. Si on la contemplait depuis un certain point, la lumière rosée du soleil mourant, associée aux creux de son pôle nord et à la protubérance de son pôle sud, lui donnaient l'apparence d'un cœur. Un immense cœur en rotation.

Repost 0
Published by Sylvain Lasju - dans Ecriture
commenter cet article
16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 11:12

 

Vian.jpgUn texte écrit hier, au cours d'un ateleir sur le thème du jazz. L'animateur proposait de partir sur les origines de cette musique, le blues, le gospel, les esclaves noirs qui chantaient des passages de la bible pour s'évader en musique.

J'ai choisi un autre chemin.


Adrien voudrait être trompettiste de jazz. Pas facile. Surtout qu'après sa première heure de cours, il a la bouche en compote, des crampes aux doigts et qu'il n'a pas réussi à sortir le moindre son de son instrument.

La trompette, c'est dur, lui dit son père. Tu es sûr que tu ne veux pas plutôt faire de la guitare, comme moi ?

Non, Adrien n'a pas envie de grattouiller. Il ne cherche pas la facilité. Il veut être trompettiste de jazz.

Un mois passe. Il apprend à produire des notes. Sol, sol, do. C'est la même position des mains. Tout est dans l'intensité du pincement des lèvres. La bouche est le vrai instrument.

Deux mois passent. Adrien est sans cesse enrhumé. Il a l'impression que c'est cette satané de tuyauterie qui lui refile des miasmes quand il en joue. Il la lave régulièrement, mais rien ne change.

Six mois passent. Il parvient à enchaîner la gamme, même s'il devient rouge pivoine en parvenant au do aigu. Il joue « au clair de la lune », du moins le début. On est loin d'entendre Armstrong ou Dizzie.

Ce soir, Adrien se couche légèrement enfiévré. Il sort tout juste de son cours hebdomadaire et il tousse dans son lit. Il manque de persévérance, selon son prof. Pourtant, il est sûr de lui : il veut devenir trompettiste de jazz !

Une porte. Fermée. D'où filtre une douce et chaude mélodie. Adrien l'ouvre et tombe sur un homme, seul, qui joue de la trompette. Il est brun, le front dégarni, à peu près aussi âgé que ton père, et... blanc. L'homme joue drôlement bien pour un blanc. Avec beaucoup de facilité.

Il termine son morceau sur un decrescendo parfaitement maitrisé et lève les yeux sur Adrien.

_ Ça t'a plu ?

_ Oui. C'est vous qui l'avez écrit ?

Le trompettiste hoche la tête.

_ Ça me détend, explique-t-il.

_ Ça fait longtemps que vous jouez ?

L'adulte se gratte la tête et semble réfléchir.

_ J'ai joué toute ma vie, je crois. Peut-être plus.

Adrien rigole et se détend. Alors il lui raconte ses propres difficultés, sa toux, ses lèvres enflées, ses crampes aux doigts.

_ C'est normal, explique l'homme. Mais ça ne dure qu'une dizaine d'années. Après, c'est de la magie.

_ Quoi ! Dix ans ?

_ Bah ! C'est quoi dans une vie. Après, évidemment, il faut jouer tous les jours, sinon, on perd tout.

Adrien fronce les sourcils.

_ Vous vous appelez comment, au fait ?

_ Boris Vian.

Et Adrien se réveille.

Dix ans ! Jouer tous les jours.

Adrien se lève en toussant. Dans la cuisine, son père prend son petit déjeuner. Adrien s'assoit et approche de lui un bol vide.

_ Papa, tu l'as toujours ta vieille guitare ?

Repost 0
Published by Sylvain Lasju - dans Ecriture
commenter cet article
23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 09:11

rue.jpgTexte conceptuel, plutôt poétique, faisant suite à un atelier où j'ai relevé tout un tas d'écrits de la ville. A noter qu'aucun mot n'a été ajouté par rapport aux écrits relevés dans la rue. Juste de la ponctuation.


Les ateliers Crsi'danse présentent une fresque somptueuse et envoûtante : La poésie est de retour.

La rue Montozon est rebaptisée rue de la Liberté (rue barrée).

Bonjour monsieur Vincent, libérez les otages. Ici, on vous accueille même le samedi, pour elle où pour lui. Partez sans payer (promotions à l'intérieur).

François Portalier pharmacien, cuisinier de métier, en vente ici !

Bayonne, 1ère ville chocolatière de France, english spoken, entrée libre.

Agence de relooking pour femme. Interdit sauf Mistique Pradier.

La Chambre, salle climatisée, menu XXL, devis gratuit par téléphone, ambiance jazzy, escalier renaissance, nouvelle carte.

Toilettes de la « Cathédrale », en congés du 24-05 au 02-06.

Dépot vente « recherche et assistance » : visite commentée, rideaux sur mesure (bail à céder).

Maxime, je t'aime : vente en ligne sur game.fr.

 

Pour info ce texte n'a pas été écrit lors de l'atelier. Je ne savais pas encore quoi faire (ni faire faire) de toutes les notes urbaines prises par les participants. Je n'ai eu cette idée que dans la nuit...

J'en profite pour ajouter le texte de Céline qui a, quant à elle, relevé uniquement des noms de rue :

 

 

Itinéraire d'un nom-de-rutier

Ma monture est fourbue, mon cheval est crevé, rue de l'Etrier

Je le conduis boire un ricard, rue de l'Abrevoir, rue du Désespoir

La bataille a été rude, les remords me tenaillent, rue de la Mitraille

Je me plante debout devant le musée militaire, en haut de la rue Taillefer

Saisi par une odeur, rue des Tanneurs

Je suis dans l'antichambre de la mort, rue du Sergent-Major

Pour s'engager dans l'armée, il fallait être illuminé, rue de la Clarté

Pour échapper à la panique, fallait passer rue de la République

Mais au lieu de ça, j'ai coupé par la rue Modeste, tout près de la rue de la Peste

Je me dis qu'il fallait penser à s'accrocher, rue de la Clarté

Pour penser un peu plus à moi, rue de l'Oie et rue de la Joie

Alors pour oublier le turbin, rue des Augustins

et pêcher par la Gaudriole, rue de la Bricole

Un instant j'ai eu une envie de fesses, rue de la Sagesse

Mais je me suis souvenu, rue de la Vertu

Que Dieu seulement aux sages l'accorde, rue de la Miséricorde

Alors, pour invoquer son pardon

Me suis noyé rue du Syphon.

Repost 0
Published by Sylvain Lasju - dans Ecriture
commenter cet article

Avancée des différents projets

Voici tous mes projets actuels, avec leur nature et leur état d'avancement.


 

Rêve de papier (Roman ado) : V3 terminée, en recherche d'un éditeur.

Depuis que son père a disparu, Martin note ses rêves sur des blocs notes. Sa vie prend un tournant innatendu lorsqu'il rencontre Sasha, une blonde qui hante ses rêves depuis plusieurs années...

 

La Marche Rouge (polar - fantasy, adulte, suite de Décadence) : premier jet en cours, chapitre 14 sur 14.

Badia et Fahim ont pris des chemins différents. Le devin tente d'oublier ses chimères et a trouvé une retraite dans un Temple perdu dans la montagne. La jeune femme est quant à elle de retour à Twynte, bien décidée à rendre l'organicisme officielle...

 

Celui qui parle (roman ado) : premier jet terminé.

Le 31 décembre 1999 à minuit, la voix a disparu de la surface de la terre. Plus personne ne parle. Sauf Roméo, qui est justement né le 31 décembre 1999 à minuit. Mais ce n'est pas facile d'être Celui qui Parle, dans un monde devenu muet...

 

Les démons de l'East End (recueil de nouvelles policier / fantastique) : 4ème nouvelle en cours de rédaction : 21b Baker Street

Lors de l'été 1890, une horde de démons de l'enfer a déferlé sur Londres. La plupart ont été tués durant la première semaine. Mais les survivants se sont terrés dans l'est de la capitale britanique et commentent à l'occasion des crimes horribles...

 

A corps perdu (Bande dessinée réaliste) : découpage en cours (21 pages découpées sur 54).

Bérénice a un comportement particulier : elle utilise les choses, les gens, les boulots, puis les jette. Mais sa vie change le jour où emménage chez elle un chat qui parle.


Rechercher