le blog de l'auteur Sylas : infos, textes courts et extraits de romans
Un tirage plutôt simple, cette semaine (Lapider – passif – bécasseau) . Et une envie de parler de nature. J'étais parti sur un chasseur à la becasse, mais le sujet m'a déplu et je me suis rabbatu sur cette histoire d'arbre.
Et de couteau.
Georges fixait cet arbre depuis longtemps. C'était son arbre. Il l'avait planté cinquante ans auparavant. De ses mains ! Et voilà que deux jeunes délinquants avaient osé le profaner, le souiller, le meurtrir. A la pointe d'un couteau (d'une arme meurtrière), ils avaient entaillé définitivement l'écorce, jusqu'à la sève, qui avait coulé sur quelques centimètres.
Un bécasseau s'ébroua et Georges tourna la tête, par réflexe. Son élevage était à deux pas, derrière sa maison, mais l'arbre se trouvait dans le square qui avait été aménagé devant le perron. Square qui était auparavant un bosquet sauvage. Passif, le coin de verdure n'avait pas bougé alors que les maisons l'avaient encerclé. Georges avait combattu bec et ongles pour que ces arbres restent. Surtout cet arbre.
Ils avaient gravé leurs prénoms. Ils ne seraient pas durs à retrouver, ces délinquants. Il voulait les poursuivre, les injurier, les lapider ! Mais n'en ferait rien, il le savait bien. Ils ne l'auraient pas voulu. Malgré toute sa colère, tout son dégoût, son impression d'impuissance, il laisserait la blessure cicatriser dans le bois et dans son coeur.
Sans regarder si on l'observait, Georges embrassa l'arbre et frotta sa joue contre le tronc mutilé. D'une voix frêle, il chuchota quelques mots, laissa ses larmes imprégner l'écorce et recula. Plusieurs minutes passèrent avant qu'il ne tourne les talons, qu'il ne laisse l'arbre qu'il avait planté un demi siècle plus tôt et sous lequel il avait enterré les cendres de ses parents.