le blog de l'auteur Sylas : infos, textes courts et extraits de romans
La façade terne du Comité s’imposa devant les deux comparses, réduisant leurs bavardages au niveau zéro. Il était en effet impossible de ne pas remarquer le panneau aux dimensions impressionnantes qui la dominait. Léocadie fut toutefois déçue de constater que ce n’était qu’une devanture miteuse aux carreaux sales placée au pied d’un ensemble de logements sociaux vétustes. Une odeur d’urée lui piqua le nez lorsqu’elle s’arrêta sur le trottoir. Elle se demanda soudain pourquoi Gino avait été si impatient de lui montrer cet endroit, au point d’en avoir abandonné sa séance de caricatures place Saint-Silain.
– Allons-y, invita le peintre, excité comme un jeune chien. Tu vas voir, tu vas voir…
Léocadie, dubitative, n’avait pas esquissé le moindre mouvement. Elle fut subitement entraînée par le bras en direction du local. Lorsque la porte s’ouvrit, un tintement cristallin retentit comme dans les vieilles échoppes dont Sophie était friande, et une odeur de moisi vint remplacer celle de l’urine. Elle pénétra dans une pièce oblongue, étriquée et sombre. Les murs, anciennement crépis, tombaient en fins lambeaux sous l’effet du vieillissement et des insectes morts jonchaient le sol aux endroits que le balai ne connaissait pas. Gino s’approcha du seul bureau qui trônait au fond de la pièce et salua son occupante. Cachée derrière un système média datant du siècle dernier, cette dernière ne bougea pas un muscle. Léocadie n’entendit que sa voix éraillée par l’abus de cigarettes qui disait :
– Bonjour, mon grand fou.
Léocadie s'avança et tenta un bonjour léger et suave. Une tête émergea alors de derrière l’écran de contrôle, bouffie, pâle, et plantée de petits yeux rapprochés.
– Qui c’est ? demanda-t-elle à Gino. Encore une de tes conquêtes ?
– Perdu, répondit-t-il en toute modestie. C’est une nouvelle adhérente.
Un sourire illumina le visage congestionné de la présidente du Comité.
– Ha, c’est bien de voir des nouvelles têtes. On en a bien besoin, ces temps-ci. Comment s’appelle-t-elle, cette nouvelle tête ?
– Léocadie, répondit-elle d’un ton tranchant.
La présidente fit une moue perplexe. Elle ressemblait à un pitbull contrarié.
– Ma foi, brailla-t-elle de sa voix rauque, je savais qu’on avait le droit d’appeler ses drôles n’importe comment, mais j’avais encore jamais vu de prénom comme ça.
Léocadie s’abstint de tout commentaire et conserva une attitude aussi calme que possible. Elle demanda simplement :
– C’est ici le fameux comité révolutionnaire ?
– Ben oui, dit-elle en ouvrant ses bras en signe d’impuissance et en les laissant retomber à plat sur son bureau gris. C’est pas très reluisant, mais c’est mieux que rien.
– Léocadie est Marxiste, laissa échapper Gino visiblement fier d’avoir retenu le mot.
– Tu sais mon gros, commenta la présidente, ici, on fait feu de tout bois, du moment qu’il y a un peu de liquide au bout. T’as de l’argent ma belle, du moins je l’espère, parce que sans monnaie, pas de comité. C’est que j’ai une boutique à faire tourner, moi !
A suivre...