atelier d'écriture

Samedi 26 novembre 2011 6 26 /11 /Nov /2011 21:34

 

Le plaisir minuscule de Philippe : une bouffée de tendresse dans un monde de brute.

 

Le baiser à l'enfant endormi


enfants-copie-1 Après l'agitation de la journée, les frustrations, les contrariétés, les
échanges, les rires, vient enfin le temps du repos. Dans le silence du
début de la nuit se glisse presque sans bruit le dernier rituel. L'enfant dort,
idéal. Son visage est calme et sa lente respiration nous apaise. Il est
vivant et éternel, car il n'a plus d'âge : il est encore le bébé qui
dort de toute son innocence, il est l'enfant qu'on guide et qu'on
protège, il est l'adulte, déjà, qu'on regardera partir ému et fier. Un
baiser lui fait naitre un sourire inconscient, et on se sent
indispensable. Voilà, on l'a bénit pour la nuit, il part pour ce voyage
solitaire avec notre protection invisible, et nous sommes certains à
présent qu'il y aura un lendemain. Ce sera grâce à nous, mais l'enfant
n'en saura rien.

Par Sylvain Lasju - Publié dans : atelier d'écriture
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Jeudi 24 novembre 2011 4 24 /11 /Nov /2011 11:07

Voici le plaisir minuscule de Pascale. A lire avec attention, tant on s'y croirait.

 

train.jpg Prendre le train

 

D'abord il y a la gare, et la peur d'arriver en retard, de manquer le train. De manquer le départ, d'être obligé d'appeler : « non, je ne serai pas là, j'ai encore raté le train. Pouvez-vous venir me chercher à 16h00? Ah, il est déjà parti... tu essaieras de le joindre? Oui, je sais, c'est compliqué, désole. Oui, j'aurais préféré aussi... »

Mais on n'a pas rencontré d'obstacle sur la route, pas eu besoin de faire demi-tour parce qu'on avait laissé le billet sur la table de la cuisine et nous voilà en avance.

Donc il y a la gare et son hall si grand qu'on aimerait y chanter, y danser, ou peut-être y faire du patin à roulettes. Il y a les gens, comme des insectes, des gens qui courent et des gens qui s'embrassent avec l'énergie du désespoir prochain ou l'enthousiasme du bonheur retrouvé. Des gens aux prises avec les objets : poinçonneuse récalcitrante, valises encombrantes, talons qui se cassent dans les escaliers, billets égarés au fond du sac, sous les confiseries et le journal achetés au kiosque.

Mais on est en avance, le billet en sûreté dans une poche, un livre et une bouteille d'eau rendent inutile le passage par le kiosque bondé. On s'y arrête tout de même, satisfait de pouvoir y flâner. La machine qui avale le billet nous gratifie d'un petit bruit rassurant, le quai est devant nous. Il y a des trains qui partent et des trains qui arrivent. Les gens regardent dehors, ils sont pleins d'histoires, nous aussi ; nous faisons semblant de ne pas nous regarder.

Sur le quai, on a encore le temps d'une dernière cigarette dans le bruit des gens et des machines. C'est maintenant l'heure de prendre place. On a repéré la sienne en fonction du numéro inscrit sur le billet ou selon d'autres critères : l'anonymat d'un wagon ou la promiscuité à la fois amusante et pesante d'un compartiment.

On est assis confortablement, le train part. Assis dans le sens contraire de la marche, on voit le monde extérieur surgir brutalement pour s'éloigner lentement. Il est de toute façon indifférent à nos regards. On sort un livre qu'on lit sans conviction. Autour de nous bruissent mille histoires. Bercé et promené comme en ses premiers jours, on s'endort.

Par Sylvain Lasju - Publié dans : atelier d'écriture
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Mercredi 23 novembre 2011 3 23 /11 /Nov /2011 10:59

 

A venir, des textes d'atelier basés sur le principe du livre : La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules de Philippe Delerm

Pas mal de plaisirs minuscules ont donc été écrits. Le premier que je vous présente est le mien. A suivre ceux de pascale et de Philippe C. (et oui, il y a plusieurs Philippe !)


chaussure.jpgOn l'a perdu depuis des mois. C'est un objet quotidien, une brosse, une chaussure, un livre. On a fouillé derrière et sous les meubles, dans les tiroirs, dans le jardin. On est passé et repassé aux mêmes endroits. On a parcouru sa mémoire à s'en donner mal à la tête. Et on a lâché prise. Vaincu par le sort, la malchance, ou la volonté de l'objet de ne pas être trouvé.

Cet objet si important, irremplaçable, on l'a mis à l'écart de notre vie. Comme un ruisseau modifie son flux quand un arbre tombe dedans, notre existence s'est adaptée à cette absence.

Et un jour, on le retrouve.

C'est un de ces jours où on accomplit quelque chose de spécial dans la maison. Modifier l'organisation des meubles d'une pièce, changer le lave-vaisselle ou repeindre le salon. On place le foyer en branle-bas de combat, on remue la poussière. En général, quand on commence à toucher aux meubles, une intuition survient : « Aujourd'hui, je vais dénicher de vieux trucs ». Mais on ne sait pas encore qu'on va tomber sur lui.

Quand on y est, quand on a enfin mis l'objet à jour, on se met à crier : « Devine ce que je viens de trouver ! ». L'autre réfléchit quelques instants puis lâche avec une hésitation feinte : « Ça serait pas ta chaussure quand même ? »

Pourtant si, c'est la chaussure, ou le style Mont-blanc, ou la paire de lunettes de soleil. Elle était dans un endroit beaucoup trop évident pour qu'on y pense. La logique même. Ou alors dans une zone improbable, sur le dessus d'un meuble par exemple. Ou, pire, dans un des ces recoins mal éclairés où on a regardé cent fois, avant de jeter l'éponge.

Quand on tombe sur l'objet, quand il daigne enfin se révéler, on n'y croit pas tout à fait. Il y a un flottement, un temps suspendu, ouaté, incrédule. Puis on le saisit dans sa main comme s'il s'agissait du Saint-Graal, on le soupèse, on l'époussette, on le retourne afin de s'assurer de sa tangibilité. On ne se rend pas tout de suite compte du plaisir qu'on éprouve à avoir fait cette découverte. Il y a encore tant de choses à accomplir dans cette journée de chambardement. Pourtant le soulagement est évident. Comme une pièce de puzzle qui retrouve enfin sa place. Un mystère de moins à élucider. L'objet, on le range avec précaution. Pas moyen qu'il s'égare de nouveau. Et on revient au réel, on classe cette découverte dans un coin de sa tête, bien en retrait.

Mais, même si la journée est riche en bouleversements et en émotion, elle restera gravée en soi en tant que celle où on a retrouvé sa chaussure.

Par Sylvain Lasju - Publié dans : atelier d'écriture
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Lundi 21 novembre 2011 1 21 /11 /Nov /2011 15:48

Voici les productions de Philippe lors de la séance d'ateliers "logo rallye". Les, textes sont courts mais denses.

Le premier est le plus abouti, mais j'ai un faible pour le second.

 

 

 

ruche.jpg 1/ A partir de mots extraits du livre Maya l’abeille

Il fallait commencer par obtenir le secret de l’ancienne gardienne de la forêt où la vie y était impossible pour le commun des mortels. Personne ne l’a jamais vue, mais tous en avaient le souvenir d’étranges sentiments. Elle gardait la forêt de la ruche monumentale, au croisement de deux vallées. Un parfum émanait de ce domaine sylve et nul ne savait en définir l’origine. Quand les villageois alentours s’arrêtaient de travailler, c’était pour plonger dans ce mystère dont la simple évocation les rendait très agités. Odeurs de fleurs inconnues ? Parfum enivrante de cette fameuse ruche ? Quoi d’autre ?

Un jour, pris par de puissantes angoisses, les habitants de tous les villages des trois montagnes se réunirent afin d’élaborer une stratégie pour piéger la gardienne, la très vieille gardienne. On la disait plus âgée que la plus vieille des montagnes. Inconsciemment, le peuple refusait sa façon de maîtriser le grand mystère de la forêt de la ruche.

Les yeux tournés vers les cimes, les pauvres gens enclins à la quiétude d’une vie monotone ne trouvèrent jamais l’ancienne gardienne. Ils durent s’arranger avec l’ineffable. De cette acceptation du mystère surgit un jour, sans soleil ni nuage, un arc-en-ciel dépassant les limites des montagnes.

Une pluie d’ailes dorées virevoltant baignait le royaume verdoyant. Les villageois firent alors de la gardienne, leur reine protectrice. Depuis, la sérénité y règne profondément.

 

 

2/ A partir de mots extraits du livre Un homme qui dort de Georges Pérec.

J’entre dans le volume obscur et y trouve un carré de céramique dont le reflet rebondit timidement sur la masse de vêtements aux grandes dimensions. Dans le très petit angle du volume obscur, un homme tient un tableau au contenu neutre. Je demande :

- Qu’est-ce donc ?

L’homme répond : « Ce tableau contient les propriétés même de mon esprit ».

Le lieu soupire d’apaisement. Je ne comprends rien. Je sors alors vers un autre volume, lumineux celui-là.

 

 

3/ A partir de mots extraits du livre Matilda.

Voyez comme ils sont curieux, ces gens ! Ils ignorent tous les rejetons de la société. Tous ! Ils en ignorent même tous les poisons qui rendent aveugle. Essayez donc de faire le point. Aucun génie ne surgit plus !

Que le monde se réveille ! Réveillerez-vous un jour, odieux personnages ? Voyez comme ces rejetons sont les vôtres et que votre folle envie de crier que vous refoulez vous rend tous malades !

Que votre curiosité est limitée ! Voyez que vous êtes limités. Si limités à rejeter ce que vous êtes

 

A suivre : plein de textes basés sur les Plaisirs Minuscules de Philippe Delerm.

Par Sylvain Lasju - Publié dans : atelier d'écriture
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Mercredi 9 novembre 2011 3 09 /11 /Nov /2011 11:29

 

Voici un texte produit en atelier d'écriture dimanche dernier. C'est une version légèrement remaniée. A la base, il s'agir d'un logo-rallye, dont le contrainte était de placer, dans l'ordre, les mots suivants :

les internautes – hordes – couloirs – tribus – gnous – soleil – on vaque – tatoue – tribaux – dollars

D'autres textes, écrits par d'autres participants à l'atelier, devraient être postés dans les prochains jours...

cyber.jpgLa nuit, le lieu est occupé par des internautes. Les hordes de blogeurs, chateurs, joueurs en ligne et autre rédacteurs d'e-mail. Mais au matin, les couloirs sont devenus vides, les tribus numériques ont déserté le lieu ensoleillé comme les gnous fuient le prédateur. Le soleil chasse les accro au numérique, et c'est dans ces moments que ces locaux prennent un air lugubre.

A travers les stores tirés, une lumière blafarde baigne les rangés d'ordinateurs éteints. Presque plus aucun humain ne trouble cette étrange quiétude. C'est à peine si on vaque à des opérations de nettoyage basique. Un balayeur solitaire, en effet, parcourt les travées en sifflotant doucement.

Ce balayeur, c'est moi.

Tout en ramassant les canettes de coca vides et passant la soufflette entre les touches des claviers, je laisse vagabonder mon imagination dans cette atmosphère irréelle. Je visualise des squatteurs forcer l'entrer et s'installer pour se tatouer des motifs tribaux sur tout le corps. Ou bien les PC prendre vie brutalement et afficher le CAC 40 sur un air de jazz manouche. Sinon, les murs peuvent s'escamoter et laisser la place à une planète désertique, façon décors post-apocalyptique de cinéma à dix dollars.

Le matin, quand le cyberespace est en veille, c'est mon imagination qui s'installe à sa place.

Par Sylvain Lasju - Publié dans : atelier d'écriture - Communauté : Autres Mondes...
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