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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 19:57

Une nouvelle qui est arrivée avant dernière du coucours lancé par la communauté Autres-Mondes. Pourtant, je l'aime bien cette nouvelle, moi...



geantegazeuse.jpgLivreur n°25-G-85497, vous avez dévié de votre trajectoire. Veuillez préciser la raison de votre détour dans les plus brefs délais, sous peine de pénalités.

Elias fit quelques pas mal assurés dans la salle de commandement. Le message s'affichait sur l'écran général en grosses lettres rouges. Une couleur qui irritait ses yeux fermés depuis très longtemps. Il lissa sa longue barbe et se vautra dans le siège de commandement. La console se positionna d'elle-même devant lui. Il la chassa d'un mouvement brusque.

_ Orbrac, fais-moi un café. Et efface-moi ça, ajouta-t-il en désignant les mots affichés sur l'écran général.

_ Oui, capitaine.

Elias ne bougea pas un seul muscle durant la période de silence qui suivit. Les yeux fermés, il entreprit finalement de se masser les tempes. Rien à faire, pour émerger de ces années de sommeil artificiel, il lui fallait de la caféine. Une grosse dose.

_ Votre café est prêt, capitaine.

Le capitaine se leva. Il s'attarda devant la baie d'observation, dont les volets étaient fermés pour stopper les rayons gammas, longea un étroit couloir et gagna la cambuse. C'était une pièce minuscule où un homme seul pouvait prendre un repas.

Il se servit une tasse de café fumant et se brûla la langue en le goûtant. Ça faisait un bien fou. Ça lui rappelait ces années sur Terre, avant la récession, avant l'obligation de faire des livraisons extra-solaires pour survivre financièrement. Il avala le breuvage à petites gorgées et s'en resservit une seconde tasse.

Il observa son reflet dans un miroir de la cambuse. Un grand gars quasiment décharné, aux cheveux hirsutes et à la barbe tombant sur sa poitrine. Une épave, après dix ans de sommeil artificiel. Anna devait désormais ressembler à une grand-mère, avec des rides au coin des yeux et des cheveux grisonnants. Mais elle serait sans doute bien plus jolie et rayonnante que le légume qu'il était devenu, coincé dans son cargo de livraison dont il était le seul à se croire capitaine.

_ Capitaine, voulez-vous manger ?

_ Non.

Il s'installa de nouveau dans le siège de commandement et ne repoussa pas la console, qui se positionna sur ses genoux. Il leva ses mains tremblantes au-dessus du clavier sensitif et demanda :

_ Orbrac, est-ce que nous sommes aux coordonnées que je t'ai indiquées ?

_ Je vous ai réveillé une heure avant d'y parvenir. Nous y serons dans douze minutes.

_ C'est bien, grogna le capitaine.

Il posa ses doigts sur le clavier et rappela des données stockées dans la mémoire de l'ordinateur embarqué. Sur l'écran qui couvrait le mur du fond s'affichèrent des lignes de texte. Elias se frotta les yeux et afficha les caractéristiques d'une planète en particulier. Il se pencha en avant, posa son menton sur ses poings et sourit.

Son sourire s'évanouit quand le logo d'un message prioritaire s'afficha dans un coin de l'écran. Elias valida et lut :

Second avertissement. Livreur n°25-G-85497, vous avez dévié de votre trajectoire. Veuillez préciser la raison de votre détour dans les plus brefs délais, sous peine de lourdes pénalités.

Je n'ai pas tant dévié que ça, fulmina-t-il intérieurement. Un crochet d'à peine quelques minutes-lumières. S'il n'y avait pas ces saletés de mouchards, personne ne s'en serait rendu compte. Ce n'était pas comme s'il transportait des denrées périssables. C'était du métal, bon sang ! Vingt-quatre millions de tonnes de métaux divers.

_ Orbrac, combien de temps avant d'arriver ?

_ Un peu moins de dix minutes, capitaine.

_ Tu ouvres le volet dès qu'on est en position. On ne va pas s'éterniser ou ils risquent de me faire sauter ma prime.

_ Bien capitaine.

Elias se concentra sur les données qui s'affichaient sur l'écran. La planète était une géante gazeuse d'un diamètre de 120.000 kilomètres, d'une masse de 600×1024 kg, dépourvue d'anneaux et de satellites. Une atmosphère essentiellement constituée d'hydrogène et d'hélium, plus quelques gaz à l'état de traces. Rien ne la distinguait des millions de géantes gazeuses qui pullulaient dans la galaxie. Elle tournait autour d'une géante rouge, une étoile qui commençait doucement à mourir.

La planète avait dû subir un incident sur son pôle nord car elle accusait une importante cavité qui ne parvenait pas à se résorber. Météorite géante ou explosion interne, les spéculations scientifiques allaient bon train et n'expliquaient rien. Sur l'autre pôle, en revanche, le phénomène qui se produisait était archi-connu. On l'appelait « volcan de gaz » : une éminence en forme de cône qui se renouvelait en continu, générée par une circulation anormale de matière au sein de la planète.

En clair, la planète était en train de se détruire à petit feu. Elle perdait de la matière par l'un de ses pôles et ne parvenait pas à endiguer la béance qui se formait de l'autre côté. Dans quelques milliers d'années, il n'y aurait plus rien.

_ Il nous reste une minute, capitaine.

_ Y a-t-il d'autres vaisseaux spectateurs ?

_ Trois.

_ Trouve une bonne place, loin des autres.

_ Oui, capitaine.

Un bruit mécanique emplit la salle de commande. Les volets s'ouvraient. Elias cligna des yeux et fixa son regard sur la planète. Une merveille de six-cent-mille milliards de milliards de tonnes. Une aberration de la nature d'une beauté à couper le souffle. Des larmes coulèrent immédiatement sur ses joues. Depuis le temps qu'il attendait ça. Il aurait aimé qu'Anna soit là, il aurait aimé que ça soit dans d'autres conditions. Il se rappela fugitivement son sourire, la manière dont elle attachait ses cheveux, dont elle se couchait pour lire. La douceur de ses mains, le bleu-gris de ses yeux, l'emplacement de ses grains de beauté. Tous ces petits détails qu'il n'aurait plus jamais l'occasion de revoir, car Anna serait une petite vieille sénile quand il la retrouverait.

Un nouveau message arriva, mais il n'y prêta pas attention. Il n'avait d'yeux que pour le spectacle céleste qui s'offrait à lui. La planète avait reçu comme dénomination scientifique CAS C3 8344 153 mais elle était mieux connue sous le nom de planète de l'amour. Si on la contemplait depuis un certain point, la lumière rosée du soleil mourant, associée aux creux de son pôle nord et à la protubérance de son pôle sud, lui donnaient l'apparence d'un cœur. Un immense cœur en rotation.

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Published by Sylvain Lasju - dans Ecriture
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Avancée des différents projets

Voici tous mes projets actuels, avec leur nature et leur état d'avancement.


 

Rêve de papier (Roman ado) : V3 terminée, en recherche d'un éditeur.

Depuis que son père a disparu, Martin note ses rêves sur des blocs notes. Sa vie prend un tournant innatendu lorsqu'il rencontre Sasha, une blonde qui hante ses rêves depuis plusieurs années...

 

La Marche Rouge (polar - fantasy, adulte, suite de Décadence) : premier jet en cours, chapitre 14 sur 14.

Badia et Fahim ont pris des chemins différents. Le devin tente d'oublier ses chimères et a trouvé une retraite dans un Temple perdu dans la montagne. La jeune femme est quant à elle de retour à Twynte, bien décidée à rendre l'organicisme officielle...

 

Celui qui parle (roman ado) : premier jet terminé.

Le 31 décembre 1999 à minuit, la voix a disparu de la surface de la terre. Plus personne ne parle. Sauf Roméo, qui est justement né le 31 décembre 1999 à minuit. Mais ce n'est pas facile d'être Celui qui Parle, dans un monde devenu muet...

 

Les démons de l'East End (recueil de nouvelles policier / fantastique) : 4ème nouvelle en cours de rédaction : 21b Baker Street

Lors de l'été 1890, une horde de démons de l'enfer a déferlé sur Londres. La plupart ont été tués durant la première semaine. Mais les survivants se sont terrés dans l'est de la capitale britanique et commentent à l'occasion des crimes horribles...

 

A corps perdu (Bande dessinée réaliste) : découpage en cours (21 pages découpées sur 54).

Bérénice a un comportement particulier : elle utilise les choses, les gens, les boulots, puis les jette. Mais sa vie change le jour où emménage chez elle un chat qui parle.


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