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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 11:00

Un texte écrit lors d'un atelier d'écriture, durant la première fête de la gastronomie à Périgueux, le 22 septembre dernier. Un évènement assez oubliable, en réalité. Mais il y avait de vieilles photos et de l'accordéon...

 

accordeon.jpgCes vieilles photos me font voyager dans le temps. Revoir mes parents jouer de l'accordéon dans leur petit orchestre, trinquer avec le groupe, danser en tenue folklorique. J'avais oublié qu'ils avaient monté un groupe de musique traditionnelle dans leur jeunesse. Quand je les observe, aujourd'hui, couché côte à côte sur leur lit de grabataires, ils me font penser à deux vieilles pommes pourries par le ver de la vie. Rongées de l'intérieur par un mal invisible.

Je tourne une page de l'album photo et d'autres clichés me font reculer de trente ans. Un canoë en train de faire tomber à l'eau deux amoureux stupéfaits, un autre où ils ressortent de la rivière, dégoulinants, un dernier où ils dégustent une truite avec les doigts.

Ma mère était enceinte de moi à cette époque et elle a failli perdre le bébé à cause de ces vacances sportives. Je frisonne à l'idée qu'un accident de canoë aurait pu m'empêcher d'exister. Les minutes s'écoulent et les photos continuent de me livrer leurs fragments de passé, éclats d'émotion brute. Une jeune femme qui mord dans une chocolatine, en robe de chambre saumon. Un papa qui fait le canard pour amuser son fils hilaire. Un couple sur un tandem.

Mes parents ont toujours été très proches, soudés comme deux pièces de métal. Je n'ai pas le souvenir de la moindre dispute entre eux, ni du moindre désaccord. Ils ont toujours vibré du même rythme. Ils ont même trouvé le moyen de tomber dans le coma ensemble, lors du même accident de voiture.

- Monsieur, il faut vous décider.

Je n'ai pas entendu entrer l’infirmière. Elle arbore un sourire courtois mais sa posture raide attend une réponse. Alors, je me lève et je signe le papier posé sur la table de chevet de la chambre d'hôpital. C'est une autorisation pour débrancher les appareils qui maintiennent mes parents en vie. Je tend la feuille à la femme en blanc, qui hoche la tête.

- Quand est-ce que vous...

- Ce soir, répond-elle. Vous voudriez être présent ?

- Non. Je vais leur dire au revoir maintenant, articulé-je dans un souffle.

Je me tourne vers mes deux parents, unis dans la mort comme ils l'ont été dans la vie. Leurs respirateurs se gonflent et se vident d'ailleurs dans le même mouvement mécanique. La tristesse m'enserre la poitrine comme un étau. Mais je n'ai aucun doute : ils partiront ensemble et ne sont pas près de se quitter. N'est-ce pas ce dont rêvent tous les amoureux ?

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Published by Sylvain Lasju - dans Ecriture
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Avancée des différents projets

Voici tous mes projets actuels, avec leur nature et leur état d'avancement.


 

Rêve de papier (Roman ado) : V3 terminée, en recherche d'un éditeur.

Depuis que son père a disparu, Martin note ses rêves sur des blocs notes. Sa vie prend un tournant innatendu lorsqu'il rencontre Sasha, une blonde qui hante ses rêves depuis plusieurs années...

 

La Marche Rouge (polar - fantasy, adulte, suite de Décadence) : premier jet en cours, chapitre 14 sur 14.

Badia et Fahim ont pris des chemins différents. Le devin tente d'oublier ses chimères et a trouvé une retraite dans un Temple perdu dans la montagne. La jeune femme est quant à elle de retour à Twynte, bien décidée à rendre l'organicisme officielle...

 

Celui qui parle (roman ado) : premier jet terminé.

Le 31 décembre 1999 à minuit, la voix a disparu de la surface de la terre. Plus personne ne parle. Sauf Roméo, qui est justement né le 31 décembre 1999 à minuit. Mais ce n'est pas facile d'être Celui qui Parle, dans un monde devenu muet...

 

Les démons de l'East End (recueil de nouvelles policier / fantastique) : 4ème nouvelle en cours de rédaction : 21b Baker Street

Lors de l'été 1890, une horde de démons de l'enfer a déferlé sur Londres. La plupart ont été tués durant la première semaine. Mais les survivants se sont terrés dans l'est de la capitale britanique et commentent à l'occasion des crimes horribles...

 

A corps perdu (Bande dessinée réaliste) : découpage en cours (21 pages découpées sur 54).

Bérénice a un comportement particulier : elle utilise les choses, les gens, les boulots, puis les jette. Mais sa vie change le jour où emménage chez elle un chat qui parle.


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