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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 09:59

gatsby.jpgA l'occasion de la sortie en salle du film "Gatsby le Magnifique", Cap'Cinema a organisé un concours de "textes" (ni nouvelles, ni poèmes, n'importe que truc avec des mots faisait l'affaire), sur le thème du romantisme façon Scot F. Fitzgerald, en moins de 2000 signes.

Bon, faire du romantique en une demi-page, c'est pas évident. C'est pour ça que le texte que j'ai écrit était environ deux fois trop long. Je l'ai épuré et envoyé au comité de lecture, qui ne l'a pas retenu (ainsi racouri, il n'avait plus aucun intéretr et je ne l'aurais pas retenu moi-même).

Quoi qu'il en soit, voici le texte dans sa version longue :

 

 

 

Charlie le Magnifique

 

Il n'y avait qu'elle. Elle et son chapeau tout droit sorti des années folles, le croisement entre une méduse et une boule à facettes. Sur n'importe quelle tête, l'accessoire aurait paru ridicule. Sur la sienne, il se transformait en machine à voyager dans le temps.

Du reste de sa tenue, je ne retiens que la robe couleur argent, dos nu, et le châle émeraude jeté sur ses épaules.

Comme je l'ai dit, il n'y avait qu'elle. Les autres invités se fondaient autour de sa personne en un flou artistique, une masse brouillonne de corps déguisés en pirates ou en arlequins. Des tâches de couleurs qui ne servaient qu'à souligner sa beauté.

Moi-même, je portais une chemise blanche et un costume emprunté dans l'armoire de mes grands-parents. Avec une cane, un chapeau melon et une paire de moustache factice, j'espérais passer pour Charlie Chaplin.

Les époques correspondaient parfaitement. Nous étions deux icônes des années vingt perdues dans ce bal costumé peuplé de héros classiques.

J'avais déjà avalé trois cocktails coup sur coup et je commençais à en ressentir les effets foudroyants. Une mains serrée sur ma cane et l'autre transportant une flûte vide, je m'approchai d'elle. Une impulsion me donna envie de faire tournoyer ma cane, dans une imitation de l'acteur que je singeais, mais un tel geste aurait éborgné au moins trois cow-boys et aurait ruiné mon approche.

Je me plantai donc à côté d'elle, remuant ma moustache à qui mieux mieux, espérant l'amuser à défaut de l'intéresser. Elle tourna gracieusement sa tête vers moi et esquissa un sourire. Je pris mon courage à deux mains inspiration et dis :

_ J'ai comme l'impression que nous nous sommes trompé d'époque.

_ Comme beaucoup ici. Est-ce que vous pensez que les chevaliers portaient des montres ?

Ce fut à mon tour de sourire. Vite, trouver une réponse spirituelle.

_ Ils doivent être en avance sur leur temps.

_ En effet.

Son débit de voix avait quelque chose de languide et suranné, comme l'écho d'une époque plus insouciante, où on avait le temps de réfléchir avant de parler. Cela donnait à son personnage une aura de réalisme dont les autres invités manquaient cruellement. Moi y compris. Je soulevai légèrement mon chapeau et formulai :

_ Charles Spencer Chaplin Junior, pour vous servir.

_ DaisyBuchanan, se présenta-t-elle dans un sourire.

Je connaissais son nom – à moins qu'il ne s'agisse d'un personnage de roman ? Il me fallait maintenant décider quel serait mon prochain mouvement. À travers une fenêtre, je remarquai que le soleil s'apprêtait à disparaître derrière l'horizon. Je proposai mon coude à la demoiselle.

_ Voudriez-vous bien m'accompagner dehors ?

Elle enfila son bras sous le bien et nous fendîmes la foule en nous dirigeant vers le balcon. C'était sur ces quelques mètres carrés que s'entassaient les tous fumeurs de la fête. Qu'importe, je ne me trouvais déjà plus en France. J'étais à New-York en 1925 et sous mes pieds s'étalaient un tapis d'immeubles écrasés par la perspective. L'astre solaire disparut mollement, avalé par l'Empire State Building. Daisy et moi nous accoudâmes à la balustrade et échangeâmes nos goût en matière de littérature, de musique et d'art. Le temps filait autour de nous de manière indécente. À aucun moment nous n'évoquâmes la fête costumée qui nous avait réuni en ce lieu, ni nos connaissances respectives. Il n'existait rien d'autre que nos deux personnages et notre envie mutuelle de nous découvrir.

Au bout d'un temps qui me sembla un battement de cils, Daisy bâilla et je compris qu'il était temps de partir. Mais un doute me comprima la poitrine. Qu'allait-il se passer en dehors, lorsque notre jeu de rôle prendrait fin, lorsque la bulle temporelle serait percée ? Aimerait-elle l'homme qui se dissimulait sous Charlot ? Apprécierai-je autant Daisy lorsque le charme serait rompu ?

Le destin voulut que je n'aie jamais la réponse à cette question. Daisy désira se refaire une beauté au moment de quitter le lieu de la réception. En brave chevalier servant, je l'attendis devant la porte des toilettes durant un bon quart d'heure, avant de réaliser qu'elle ne s'y trouvait plus. Tel un rêve qui effiloche au réveil, elle s'était volatilisée.

Je rentrai chez moi penaud, persuadé d'avoir été victime d'un hallucination ou témoin d'un véritable voyage temporel. Puis je réalisai qu'une fois changée, Daisy aurait très bien pu passer devant mon nez sans que je la reconnaisse.

Je m'étais inquiété de ce qui se serait passé entre nous deux, une fois le charme rompu. Elle n'avait pas voulu prendre le risque et avait plaqué Charlie Chaplin avant qu'il ne redevienne un homme du XXème siècle.

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Published by Sylvain Lasju - dans Ecriture
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Avancée des différents projets

Voici tous mes projets actuels, avec leur nature et leur état d'avancement.


 

Rêve de papier (Roman ado) : V3 terminée, en recherche d'un éditeur.

Depuis que son père a disparu, Martin note ses rêves sur des blocs notes. Sa vie prend un tournant innatendu lorsqu'il rencontre Sasha, une blonde qui hante ses rêves depuis plusieurs années...

 

La Marche Rouge (polar - fantasy, adulte, suite de Décadence) : premier jet en cours, chapitre 14 sur 14.

Badia et Fahim ont pris des chemins différents. Le devin tente d'oublier ses chimères et a trouvé une retraite dans un Temple perdu dans la montagne. La jeune femme est quant à elle de retour à Twynte, bien décidée à rendre l'organicisme officielle...

 

Celui qui parle (roman ado) : premier jet terminé.

Le 31 décembre 1999 à minuit, la voix a disparu de la surface de la terre. Plus personne ne parle. Sauf Roméo, qui est justement né le 31 décembre 1999 à minuit. Mais ce n'est pas facile d'être Celui qui Parle, dans un monde devenu muet...

 

Les démons de l'East End (recueil de nouvelles policier / fantastique) : 4ème nouvelle en cours de rédaction : 21b Baker Street

Lors de l'été 1890, une horde de démons de l'enfer a déferlé sur Londres. La plupart ont été tués durant la première semaine. Mais les survivants se sont terrés dans l'est de la capitale britanique et commentent à l'occasion des crimes horribles...

 

A corps perdu (Bande dessinée réaliste) : découpage en cours (21 pages découpées sur 54).

Bérénice a un comportement particulier : elle utilise les choses, les gens, les boulots, puis les jette. Mais sa vie change le jour où emménage chez elle un chat qui parle.


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